
Par ALMEDA Michelet
Haïti ne peut pas continuer à s’enliser dans le cycle des transitions politiques conçues, orientées ou prolongées au gré des intérêts de la communauté internationale. À chaque nouvelle crise, le pays semble condamné à rechercher une formule politique provisoire, sans parvenir à construire les conditions d’une véritable légitimité nationale.
Plutôt que de tergiverser dans une nouvelle transition politique négociée principalement sous l’influence d’acteurs internationaux et de leurs intérêts, il est temps de privilégier une autre voie : celle des urnes.
Une élection, lorsqu’elle est organisée dans des conditions crédibles, transparentes et sécurisées, constitue l’un des moyens les plus légitimes de sortir d’une période de crise politique. Elle permet au peuple de choisir directement ceux qui auront la responsabilité de conduire la destinée nationale et de porter un véritable mandat politique.
Cette légitimité électorale est d’autant plus nécessaire que les défis auxquels le pays est confronté dépassent largement les simples enjeux institutionnels. L’insécurité, la relance économique, la création d’emplois, la reconstruction des institutions, l’accès aux services sociaux essentiels et la restauration de l’autorité de l’État exigent des dirigeants disposant d’un mandat clair et d’une légitimité suffisamment forte pour agir.
Haïti a besoin d’un pouvoir capable de prendre des décisions difficiles, d’assumer ses responsabilités et de rendre compte à la population. Or, cette capacité d’action sera toujours fragilisée lorsque la légitimité politique repose essentiellement sur des arrangements de transition plutôt que sur la volonté exprimée par les citoyens.
Il ne s’agit pas de prétendre qu’une élection résoudra, à elle seule, tous les problèmes du pays. Il s’agit plutôt de reconnaître qu’aucune solution durable ne peut faire l’économie de la légitimité populaire.
C’est pourquoi je choisis de soutenir les démarches visant à organiser, dans les meilleurs délais et dans des conditions crédibles, des élections politiques en Haïti.
Le pays ne doit plus seulement chercher à gérer ses crises successives. Il doit enfin créer les conditions politiques permettant de les affronter avec une vision, un mandat et une responsabilité clairement définis.
La transition la plus légitime ne devrait-elle pas être celle qui conduit le plus rapidement possible vers la souveraineté des urnes ?
Haïti mérite mieux que l’éternelle répétition des transitions.
Haïti mérite le choix de son peuple.