L’homme d’affaires haïtien Gilbert Bigio, fondateur du puissant conglomérat GB Group et considéré comme la seule figure milliardaire d’Haïti, est décédé ce mardi 29 septembre 2026 aux États-Unis à l’âge de 91 ans. L’annonce de sa mort marque la fin de la vie de l’un des acteurs les plus influents, mais aussi les plus controversés, de l’histoire économique contemporaine des Caraïbes. Pour l’heure, sa famille n’a pas encore précisé les causes du décès ni communiqué les détails relatifs aux funérailles.
Né au milieu des années 1930 à Port-au-Prince, Gilbert Bigio a incarné pendant des décennies le sommet du pouvoir économique haïtien. En fondant le GB Group dans les années 1970, il a bâti un conglomérat aux ramifications gigantesques. Avec plus de 20 filiales opérant dans des secteurs stratégiques comme l’alimentation, l’acier (Aciérie d’Haïti), le carburant (via la Dinasa et les stations-services National) et les infrastructures avec l’ouverture du terminal moderne de Port Lafito en 2015, son groupe pesait des centaines de millions de dollars.
Leader de facto de la communauté juive d’Haïti et ancien consul honoraire d’Israël, Gilbert Bigio gérait un réseau d’affaires s’étendant bien au-delà de la république d’Haïti, notamment en République dominicaine et en Floride, où son fils Reuven a progressivement repris la direction opérationnelle du groupe.
Malgré sa discrétion légendaire, le nom de Gilbert Bigio s’est retrouvé à plusieurs reprises au cœur de scandales d’envergure internationale. Son apparition dans les révélations des Pandora Papers avait mis en lumière de nombreuses sociétés-écrans et des structures de confiance basées dans des paradis fiscaux secrets, à l’instar des Îles Vierges britanniques.
Le tournant le plus critique de sa fin de carrière est survenu en décembre 2022. Dans le cadre d’une offensive diplomatique contre l’insécurité généralisée en Haïti, le gouvernement du Canada a imposé de lourdes sanctions à son encontre, ainsi qu’aux hommes d’affaires Reynold Deeb et Sherif Abdallah.
Ottawa les a formellement accusés d’utiliser leur statut de membres influents de l’élite économique pour apporter un soutien financier et opérationnel illicite aux gangs armés terrorisant le pays, notamment à travers des mécanismes de blanchiment d’argent et de corruption. Ces sanctions, qui ont entraîné le gel de ses avoirs au Canada et l’interdiction de toute transaction, ont porté un coup majeur à sa réputation internationale.
La disparition de Gilbert Bigio aux États-Unis referme le livre d’une vie où la réussite commerciale hors norme s’est conjuguée, jusqu’à ses derniers jours, aux turbulences et aux crises profondes de la société haïtienne.
