«  La frontière entre vie professionnelle et espace privé a définitivement volé en éclats. Les attaques ne se produisent plus seulement en reportage : elles s’invitent au domicile même des journalistes. Des figures de la presse, comme Lucien Jura ciblé à Vivy-Mitchell, ou le directeur de Radio Kiskeya, Marvel Dandin, dont la résidence a été prise d’assaut en mars 2026, incarnent cette vulnérabilité extrême. Sur le terrain, l’horreur est tout aussi brute : le 24 décembre 2024, les reporters Markenzy Nathoux et Jimmy Jean tombaient sous les balles des gangs au moment même où ils tentaient de couvrir la réouverture de l’hôpital général. Ces agressions ciblées envoient un message limpide à la profession : nul n’est à l’abri, nulle part. »

Pour la jeune génération de journalistes, la pratique du métier s’apparente désormais à une traversée du désert. Le bilan humain est effroyable : entre 2020 et 2026, la liste des disparitions tragiques et des disparitions forcées s’est allongée de façon critique. Reporter sur le terrain équivaut à porter une cible dans le dos, poussant des dizaines de jeunes talents à abandonner le micro ou l’appareil photo pour échapper à une mort presque certaine.

Tayson Lartigue et Frantzsen Charles (11 septembre 2022) : Ils ont été assassinés puis brûlés par des bandes armées alors qu’ils effectuaient un reportage sur la situation sécuritaire dans le quartier démuni de Cité Soleil.

Maximilien Lazard (23 février 2022) : Ce photojournaliste a été tué par balle à Port-au-Prince pendant qu’il couvrait une manifestation d’ouvriers du secteur textile qui réclamaient un ajustement du salaire minimum.

Amady John Wesley et Wilguens Louissaint (6 janvier 2022) : Ces deux journalistes ont été sauvagement abattus par le gang Ti Makak à Laboule 12 (Pétion-Ville) alors qu’ils menaient des entrevues terrain.

Gary Tesse (octobre 2022) : Présentateur vedette radio aux Cayes, son corps sans vie a été retrouvé après avoir dénoncé la corruption et les réseaux criminels locaux

     L’offensive ne vise pas seulement les personnes, mais aussi les institutions. Les locaux de médias emblématiques ont été pris pour cibles, saccagés ou contraints de cesser leurs émissions, à l’image des studios de Radio Caraïbes, de Télé Pluriel ou encore de Radio Développement Plus.

    Face à cette violence inouïe, l’exil est devenu l’unique soupape de sécurité. Des vagues successives de journalistes ont dû tout abandonner pour chercher refuge à l’étranger, laissant derrière eux un paysage médiatique amputé de ses plus vives forces vives.

    Par ailleurs, le jeune journaliste Nickenly Désir a failli laisser sa peau durant la journée du 18 janvier 2020 suite à une attaque à Martissant. Cinq ans après l’agression du journaliste Nickenly Desir, les locaux de son média(Radio Développement 87.5) subissaient le même sort. Ces agressions ciblées envoient un message limpide à la profession : nul n’est à l’abri, nulle part.

Osnel Espérance et Junior Célestin (13 mars 2026) : Collaborateurs pour Radio Uni FM, ces deux travailleurs de la presse ont été enlevés par un gang armé au cœur du centre-ville de Port-au-Prince.

Jean Thony Lorthé (février 2023) : Animateur chevronné de la prestigieuse Radio Vision 2000, a été kidnappé à Laboule alors qu’il se rendait à des funérailles familiales, illustrant le fait que l’insécurité ne s’arrête jamais aux portes du studio.

   Moins d’une décennie, l’assassinat de journalistes est devenu une tragique routine dans le paysage haïtien. Pourtant, face au choix binaire entre la fuite et la mort, une poignée d’irréductibles persiste à tenir l’antenne, proposant une résistance presque irrationnelle au rouleau compresseur de la terreur. Ce mal qui hante cette profession force ces nombreux journalistes à se terrer dans des terres étrangères pour échapper à ce fléau qui les a chassé.

     Cette situation sécuritaire dégradante continue encore de persister et ce qui met à mal le travail de nombreux journalistes qui sont obligés de chercher refuge dans d’autres pays. Par rapport au mal qui les a chassé du pays, ils sont encore dans l’impossibilité de retourner en Haïti pour continuer à informer, former et divertir les gens. Ceux qui continuent d’œuvrer dans le pays,  le font encore malgré tout pour essayer de maintenir le flambeau car faire taire un journaliste, ce n’est pas seulement éteindre une voix ou briser un micro : c’est plonger toute une nation dans le noir. Tant qu’un seul reporter trouvera le courage de raconter la réalité du terrain, la vérité continuera d’éclairer la nuit haïtienne, rappelant au monde que même sous la tyrannie des armes, le dernier mot n’appartiendra pas au silence.