PORT-AU-PRINCE — Le chargé d’affaires américain Henry Wooster a jeté un pavé dans la mare en abordant ouvertement la crise institutionnelle et sécuritaire en Haïti. Le diplomate a fermement rappelé les autorités à leurs engagements démocratiques tout en dénonçant les liaisons dangereuses qui déstabilisent la sécurité nationale.

Lors d’une intervention officielle, Henry Wooster a mis la pression sur les dirigeants du pays concernant la tenue des prochains scrutins. Le diplomate a insisté sur le respect de la parole donnée devant les citoyens haïtiens.

« Les autorités haïtiennes ont pris l’engagement envers leur population d’organiser des élections afin de rétablir l’ordre démocratique. Elles doivent tenir leur promesse », a déclaré le chargé d’affaires américain.

Interrogé sur les conditions concrètes de sécurité et d’organisation dans lesquelles se tiendront ces élections, le diplomate s’est abstenu de tout commentaire précis. Il a toutefois rappelé un principe fondamental : la stabilité est indispensable à la tenue de bonnes élections. Tempérant les attentes, il a également souligné qu’il « n’existe nulle part dans le monde d’élections parfaites », suggérant que l’urgence démocratique prime sur la recherche de conditions idéales.

Cette transition démocratique reste cependant hypothéquée par une corruption systémique. Interrogé sur les rapports qu’entretiennent des membres de la Police Nationale d’Haïti (PNH) avec les groupes armés, le diplomate n’a pas mâché ses mots. « Les liens entre des gangs armés et des policiers véreux sont un secret de Polichinelle », a-t-il affirmé.

Reconnaissant la complexité extrême de la situation sur le terrain, Henry Wooster a placé l’institution policière face à ses responsabilités pour assainir le climat avant les échéances électorales .

« Nous savons qu’il existe une importante collusion entre certains membres de la PNH et les gangs. Nous savons que c’est une situation très compliquée, très difficile. Mais il revient à la PNH de faire le ménage », a martelé le diplomate.

L’analyse du chargé d’affaires ne s’arrête pas aux frontières de la police. Ce dernier a élargi le spectre des responsabilités en évoquant des connexions directes entre ces policiers corrompus, des acteurs de la classe politique, ainsi que des membres influents du secteur des affaires.

Face à ce réseau d’intérêts croisés qui paralyse le pays, le diplomate sait que le chantier sera rude : « Ce n’est pas une tâche facile. Il appartient à la Police nationale de briser ces réseaux ». En conclusion, Henry Wooster a lancé un appel solennel à une mobilisation générale de tous les secteurs de la vie nationale pour rompre définitivement les ponts économiques et politiques qui unissent aujourd’hui « policiers et bandits ».