Alors que la Plaine du Cul-de-Sac s’embrase depuis le 19 avril, la célèbre distillerie Barbancourt se retrouve en première ligne. Si l’usine est épargnée, ses champs de canne subissent déjà les assauts des flammes.

Port-au-Prince, le 21 avril 2026 — La terreur a repris ses quartiers dans la Plaine du Cul-de-Sac. Depuis trois jours, des affrontements d’une violence inouïe opposent des gangs rivaux, prenant en étau l’un des fleurons de l’industrie nationale : la Société du Rhum Barbancourt.


Dans un communiqué publié ce mardi, la direction de l’entreprise confirme que plusieurs parcelles de canne à sucre ont été la cible d’incendies criminels. « À ce stade, ni la production ni les infrastructures de la distillerie ne sont affectées », précise toutefois la compagnie, qui surveille l’évolution de la situation heure par heure.

Au-delà des pertes matérielles potentielles, c’est le facteur humain qui inquiète le plus les responsables. La direction déplore l’absence totale de l’État dans cette zone de non-droit : « Notre priorité demeure la sécurité de nos employés et des communautés avoisinantes, lesquelles n’ont malheureusement bénéficié d’aucun appui sécuritaire des autorités publiques. »

Sur le terrain, la situation est chaotique. Ces combats à l’arme lourde ont transformé les quartiers de Sarthe, de Duvivier et de Cité Soleil en champs de bataille. Des milliers de familles ont été contraintes de fuir leurs maisons sous les balles, emportant le strict minimum pour se réfugier vers le centre-ville ou dans des espaces publics de fortune, grossissant les rangs déjà denses des déplacés internes.

L’accès à la Route Nationale #1, axe vital pour l’économie et l’approvisionnement du pays, est de nouveau gravement compromis par ces foyers de tension.

Fondée en 1862, la Société du Rhum Barbancourt est bien plus qu’une simple distillerie ; c’est une institution nationale et l’un des principaux exportateurs du pays. Car l’entreprise fait vivre des centaines de familles d’employés et collabore avec plus de 3 000 planteurs de canne à sucre à travers la Plaine du Cul-de-Sac.


Par  ailleurs, a travers sa fondation, elle intervient massivement dans l’accès aux soins de santé et à l’eau potable pour les populations locales, aujourd’hui prises au piège des combats. De plus en tant que produit d’exportation phare, chaque arrêt de production ou dégradation des récoltes représente une perte de devises cruciale pour une économie haïtienne déjà exsangue.