SAINT-DOMINGUE – Au lendemain d’une cinglante défaite sur le terrain face aux Grenadiers (1-4), le gouvernement dominicain a répliqué sur le terrain politique et logistique. En effet, le ministre des Sports, Kelvin Cruz, a annoncé ce vendredi après-midi une interdiction totale et immédiate privant la sélection nationale haïtienne de football de l’accès à toutes les infrastructures sportives de la République dominicaine.

Une mesure radicale qui fait suite aux graves débordements survenus jeudi soir autour du match de la Ligue des Nations de la Concacaf à l’Estadio Olímpico Félix Sánchez. Devant l’affluence massive de la communauté haïtienne, les guichets du stade ont rapidement affiché complet, laissant des milliers de supporters frustrés à l’extérieur. La situation a dégénéré lorsqu’une partie de la foule a forcé et brisé l’une des principales portes d’accès pour s’introduire dans l’enceinte, provoquant des affrontements avec la sécurité et nécessitant l’intervention des forces militaires dominicaines.

Du côté des autorités dominicaines, la fermeté est de mise. Le ministre Kelvin Cruz a qualifié ces actes d’indiscipline d’« inacceptables », rappelant que d’importants fonds publics venaient d’être investis pour moderniser le Centre olympique. Rejoint par la presse locale, le président Luis Abinader a scellé cette décision en déclarant publiquement que la position du ministère des Sports était celle de l’ensemble de son gouvernement, coupant court à toute négociation.

Si la presse dominicaine met l’accent sur les failles de sécurité causées par les supporters, plusieurs observateurs locaux pointent également du doigt le manque d’anticipation et l’organisation défaillante de la Fédération dominicaine de football (Fedofútbol) face à un tel engouement. Pour la sélection haïtienne, contrainte de s’expatrier en raison de la crise sécuritaire qui paralyse ses propres stades en Haïti, cette interdiction représente un coup de massue logistique qui l’oblige, une fois de plus, à chercher une terre d’asile pour ses prochains matchs à domicile.

Cette mesure disciplinaire s’inscrit au cœur d’un durcissement politique sans précédent à Saint-Domingue, une stratégie qui, selon les défenseurs des droits humains, attise les tensions migratoires et accentue dangereusement l’isolement de la communauté haïtienne.