Face à une crise humanitaire sans précédent qui frappe de plein fouet la production nationale, le Ministre haïtien de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), l’Ing-Agr Marcelin Aubourg, a lancé un vibrant plaidoyer depuis Rome. Lors d’un entretien bilatéral crucial au siège de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le numéro un du secteur agricole haïtien a rencontré Rein Paulsen, directeur du Bureau des urgences et de la résilience (OER). Son objectif : mobiliser des financements massifs pour relancer l’agriculture nationale et protéger 5,8 millions d’Haïtiens en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

Tout en reconnaissant le caractère indispensable de l’assistance alimentaire d’urgence pour répondre aux besoins immédiats, le ministre Aubourg a insisté sur la nécessité absolue de basculer vers le soutien productif. Selon les dernières données du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), des millions de vies sont en jeu.


Pour le titulaire du MARNDR, la solution durable passe impérativement par la terre :
« Si l’assistance alimentaire demeure essentielle pour répondre aux besoins immédiats des populations, elle doit également s’accompagner d’interventions permettant aux agriculteurs de reprendre leurs activités, de maintenir leur production et de préserver leurs moyens de subsistance. »

Cette stratégie de relance repose sur la fourniture immédiate d’intrants, le soutien à l’élevage et à la pêche, la réhabilitation des infrastructures et l’appui aux populations déplacées et à leurs hôtes.

Le ministre a profité de cette tribune pour saluer le soutien de la FAO, notamment le déblocage de fonds internes ayant permis le lancement du projet « Boosting agricultural production for better food security in Haiti » (OSRO/HAI/058/SFR). Un levier important, mais encore insuffisant par rapport à l’immensité des défis actuels.


Marcelin Aubourg a donc appelé les partenaires techniques et financiers internationaux à un engagement plus prévisible et plus audacieux. L’enjeu est d’assurer des ressources pérennes pour permettre un relèvement réel des ménages ruraux et stabiliser durablement les systèmes de production haïtiens.

Ce plaidoyer s’inscrit directement dans la trajectoire du nouveau Plan d’urgence et de résilience de la FAO pour Haïti (2026-2028). Le ministère souhaite imposer une vision à long terme qui dépasse la simple gestion de crise. Il s’agit d’intégrer des actions anticipatoires face aux aléas climatiques (sécheresses, inondations, ouragans) afin de protéger les récoltes et les infrastructures avant que les catastrophes ne surviennent. C’est à ce prix, selon le MARNDR, que le pays pourra réduire sa dépendance vis-à-vis de l’aide internationale.

Afin que les discussions de Rome se traduisent rapidement en actions sur le terrain, le MARNDR et la FAO ont acté la mise en place d’un mécanisme de suivi technique conjoint.


Ce groupe de travail aura pour mission de cartographier les zones et les filières prioritaires, d’évaluer précisément les besoins financiers et de structurer des requêtes communes auprès des grands bailleurs de fonds. La désignation d’un point focal au sein du ministère et la tenue d’une première séance de travail marquent le coup d’envoi de cette coopération renforcée, porteuse d’espoir pour le monde rural haïtien.