SANTO DOMINGO – L’institution du mariage perd du terrain en République dominicaine. Selon le dernier rapport annuel de l’Anuario de Estadísticas Vitales publié par l’Office national des statistiques (ONE), le nombre de mariages enregistrés dans le pays a connu une chute brutale de 8,72 % en 2025. Les registres civils sont passés de 44 645 unions en 2024 à seulement 40 750 l’année suivante, confirmant un désintérêt croissant pour la formalisation légale des couples. Le taux brut de nuptialité s’établit désormais à un faible 3,75 mariages pour mille habitants.
La mise à jour et la diffusion des bases de données complètes relatives aux mariages enregistrés pour l’année 2025 ont été finalisées précisément le 13 mai 2026, conformément au calendrier de diffusion du deuxième trimestre de l’institution.
L’analyse des données mensuelles met en lumière une forte saisonnalité, dictée par des facteurs culturels et économiques bien ancrés.
Les Dominicains privilégient massivement les périodes de fêtes et de congés. Janvier s’impose comme le mois le plus populaire, regroupant 11,72 % des célébrations, talonné de près par décembre (11,59 %), une période traditionnellement propice aux retrouvailles familiales et stimulée par les primes de fin d’année. Juillet complète le podium avec 8,42 % des unions.
À l’inverse, l’automne subit un désamour marqué : octobre (6,33 %), septembre (6,35 %) et novembre (6,72 %) affichent les taux de fréquentation les plus bas des bureaux de l’état civil.
Les statistiques de l’ONE révèlent également de profondes disparités sociologiques concernant l’âge du mariage, confirmant que les dynamiques de genre restent très différenciées :
Les jeunes de 15 à 29 ans : Les femmes sautent le pas beaucoup plus tôt que leurs homologues masculins. Elles représentent 36,84 % des mariées de cette tranche d’âge, contre seulement 26,60 % pour les hommes.
La trentaine et la quarantaine (30-49 ans) : La tendance s’inverse de manière spectaculaire. Les hommes constituent 72,22 % des conjoints, contre 61,95 % pour les femmes.
Les seniors (50 ans et plus) : L’écart se creuse définitivement. On enregistre 24 % d’hommes seniors mariés, face à seulement 15,41 % de femmes dans la même catégorie d’âge.
Pour les sociologues et les institutions comme la Junta Central Electoral (JCE), ce recul du mariage civil ne signifie pas nécessairement une baisse de la vie de couple, mais plutôt une transformation des mœurs.
L’union libre non enregistrée (ou unión de hecho) reste le modèle prédominant chez les jeunes adultes. Ce phénomène est accentué par un parallélisme inquiétant : le taux de divorce en République dominicaine frôle désormais les 60 % par rapport aux nouveaux mariages. Face à la peur de l’échec légal et aux coûts d’une cérémonie, la jeunesse dominicaine choisit de plus en plus de s’affranchir des formalités de l’État.
