La République dominicaine a annoncé, le 1er mai 2026, une contribution de 20 millions de dollars aux Nations Unies pour soutenir la Force de répression des gangs (FRG) déployée en Haïti. Présentée comme un geste de solidarité régionale, cette initiative cache pourtant une contradiction flagrante : au même moment, des milliers d’Haïtiens continuent d’être expulsés dans des conditions dénoncées comme inhumaines. Derrière les discours diplomatiques bien huilés, se dessine une stratégie moins philanthropique que sécuritaire : contenir la crise haïtienne à distance, tout en redonnant une respectabilité internationale à une politique migratoire de plus en plus brutale.
Car les faits sont têtus. En 2025, plus de 379 000 Haïtiens ont été expulsés, souvent dans un climat de violence systémique. Témoignages de vols, d’abus, de viols et même de meurtres impliquant des agents dominicains s’accumulent sans provoquer de remise en question profonde. Cette mécanique d’expulsion massive, couplée à des pratiques discriminatoires ciblant spécifiquement les Haïtiens, dépasse largement la simple gestion migratoire : elle s’inscrit dans une logique de stigmatisation raciale et de déshumanisation. Dès lors, le financement de la FRG apparaît moins comme un acte de solidarité que comme une extension d’une politique de rejet, où l’aide internationale sert à maintenir le « problème haïtien » hors des frontières dominicaines.
Mais cette situation révèle aussi une faiblesse structurelle du côté haïtien. L’incapacité de l’État à garantir sa propre sécurité ouvre la porte à cette forme d’ingérence intéressée. En dépendant de financements extérieurs y compris de la part d’un voisin aux pratiques contestables . Haïti se retrouve dans une position de vulnérabilité politique et morale. Sans une réforme profonde et urgente de la Police nationale, le pays continuera d’être à la merci d’acteurs étrangers dont les priorités ne coïncident pas nécessairement avec les droits et la dignité du peuple haïtien.
Au final, ces 20 millions de dollars ne trompent personne : ils illustrent une diplomatie à double visage. D’un côté, une posture de partenaire responsable sur la scène internationale ; de l’autre, une politique intérieure marquée par des dérives racistes et des violations répétées des droits humains. Tant qu’Haïti ne renforcera pas son autonomie sécuritaire et sa capacité à défendre ses citoyens, elle restera exposée à ce type de rapports asymétriques, où l’aide se transforme en levier de domination, et où la solidarité masque mal une profonde inégalité de traitement.