Port-au-Prince, le 26 Avril 2026

Le Comité de Pilotage de l’Accord de Montana accuse le BINUH de complicité dans la dérive autoritaire en Haïti et rejette catégoriquement l’orientation politique intéressée du dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU.

Le Comité de Pilotage de l’Assemblée des Signataires de l’Accord du 30 août (Accord de Montana) dénonce avec la plus grande fermeté le caractère profondément déformé, politiquement orienté et dangereux du dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur Haïti. Ce rapport ne constitue pas une analyse objective de la réalité haïtienne. Il s’apparente à un document de légitimation politique d’un pouvoir de fait, imposé en dehors de toute base constitutionnelle, consensuelle et rejeté par une large majorité des forces crédibles de la nation.

1- Qualifier les événements du 7 février 2026 de « continuité institutionnelle » et de
« passation pacifique » relève d’une manipulation politique inacceptable. Il n’y a ni continuité, ni légalité, ni légitimité. Il y a tout simplement un vide institutionnel exploité pour concentrer illégalement les pouvoirs de l’État entre les mains du Premier ministre limogé, M. Alix Didier Fils-Aimé, en violation flagrante de l’esprit de la Constitution de
1987 amendée. En validant cette situation, le BINUH se rend complice d’une rupture de l’ordre constitutionnel et abandonne toute prétention à la neutralité.
Le décret du 7 février 2026 plaçant le pouvoir exécutif sous l’égide du Conseil des ministres ne saurait être assimilé à une application régulière de l’article 149 de la Constitution de 1987 amendée. Cet article encadre strictement les cas de vacance présidentielle (démission, décès, destitution ou incapacité dûment constatée) et impose l’organisation d’une élection présidentielle dans un délai compris entre 60 et 120 jours. En l’espèce, la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) ne constitue pas une vacance présidentielle au sens constitutionnel. Il en résulte un vide institutionnel qui ne peut être comblé par une interprétation extensive et politiquement orientée des dispositions constitutionnelles.
2- Alors que le pays s’enfonce dans une catastrophe humanitaire et sécuritaire sans précédent
– plus de 9 000 morts en 2025, plus de 2 400 homicides volontaires en trois mois, plus de 1,45 million de déplacés internes et plus de 6,4 millions de personnes nécessitant une assistance humanitaire, des zones largement contrôlées par des groupes armés – le rapport ose parler de « progrès » et « d’avancées ». Cette lecture n’est pas seulement erronée, elle est indécente. Elle revient à normaliser la souffrance du peuple haïtien et à masquer l’effondrement total de l’État.
3- Le Comité de Pilotage dénonce avec la plus grande vigueur la tentative de légitimation d’un processus électoral irréaliste et dangereux. Plus grave encore, le BINUH a franchi une ligne rouge en appuyant activement le Conseil électoral provisoire (CEP) dans une démarche politiquement orientée, ayant conduit à la transmission à l’exécutif d’un projet de décret électoral prétendument « harmonisé » avec le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections.

Le Comité considère cette démarche comme une tentative déguisée d’imposer, par voie administrative et sous influence internationale, des modifications substantielles de l’architecture constitutionnelle du pays. Il s’agit d’une ingérence grave, d’une dérive inacceptable et d’une atteinte directe à la souveraineté nationale.

4- Le BINUH n’est plus un acteur de stabilisation. Il est devenu un acteur politique. En intervenant dans l’orientation du processus électoral et en cautionnant un pouvoir de fait, il viole l’esprit même de son mandat et perd toute crédibilité aux yeux du peuple haïtien. 5- Face à cette situation, le Comité de Pilotage :
– Dénonce une opération internationale de légitimation d’un pouvoir illégal et illégitime ;
– Accuse le BINUH de complicité dans la dérive autoritaire actuelle ;

– Exige la réévaluation immédiate de son mandat et de sa présence en Haïti ;
– Réaffirme le droit inaliénable du peuple haïtien à définir lui-même son avenir politique.

Le peuple haïtien n’est pas dupe, aucune stabilité durable ne pourra être construite sur le mensonge, l’ingérence et la manipulation institutionnelle.

Haïti n’est pas un laboratoire politique, mais une nation souveraine, et cette souveraineté ne se négocie pas !

Pour le comité de pilotage de l’assemblée des signataires de l’accord de montana :

Dr. Jean Hénold BUTEAU    

Me. Francisco ALCIDE

Gestionnaire Yves A. JOSEPH    

 Ernso ERTILUS