Par Jean Barnave CHERON

lève-toi et laisse ta place au monsieur ! ». Ce refus courageux changea l’histoire des Etats-Unis.
Le couronnement de ce refus fut le fameux discours de Martin Luther King « I Have a Dream ».
En octobre 1995, à la fin de sa vie, lors de sa participation à la Million Man March à Washington,
devant plus d’un million de Noirs, madame Parcks a déclaré : « Vous ne devez jamais avoir peur
de ce que vous faites quand vous faites ce qui est juste ». Grâce à son refus d’accepter
l’inacceptable, les lois ségrégationnistes ont été abolies, et un Barack Obama a pu devenir
Président des Etats-Unis. Notre peau est noire, notre passeport est haïtien. Marchons sur les pas de
Dessalines et de Rosa Parcks. Faisons respecter notre dignité, notre peuple et notre race.
En 1891, alors secrétaire d’Etat des Relations extérieures, Anténor Firmin, à la demande des Etats-
Unis d’affermer le Môle Saint-Nicolas, dans sa lettre responsive, conclut en ses termes : «
Profondément confiant en votre loyauté et votre sentiment d’équité, j’ose espérer que vos
Excellences saisiront parfaitement que le refus d’accorder aux Etats-Unis l’affermage du Môle
Saint-Nicolas pour une station navale, n’est pas, de la part du Gouvernement haïtien, un acte de
défiance ou de mauvaise volonté. Il est la conséquence d’un double empêchement devant lequel a
dû fléchir notre vive sympathie et notre sincère attachement à la plus glorieuse et à la plus
généreuse République du Nouveau-Monde et peut-être du monde moderne ». Aucun pays n’est
obligé de répondre favorablement à la demande d’un autre pays. Le refus d’un pays vis-à-vis d’un
autre, n’est pas un signe d’hostilité, mais un choix rationnel selon les intérêts généraux de la nation.
L’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir en Afrique du Sud, a transformé l’Apartheid, ce crime
contre l’humanité, en réconciliation, où d’aucuns parlent de discrimination positive. Aujourd’hui,
des Haïtiens, pourchassés chez eux, alors qu’ils ne sont ni sous le pont de Texas ni en République
Dominicaine. L’Etat haïtien est devenu prédateur de ses nationaux, car devant les souffrances, les
atrocités et les humiliations dont les compatriotes haïtiens sont victimes, c’est l’indifférence totale
des autorités du pays. Pour répéter le professeur Bertrand BADIE, la migration, c’est l’avenir du
Monde, l’avenir de celles et ceux qui se déplacent. Elle a toujours existé : il y a la migration forcée
pour se mettre à l’abri des dangers imminents, il y a la migration choisie, à la recherche d’un
mieux-être. Barack Obama, Donald Trump, Luis Abinader, entre autres, sont tous le fruit de la
migration. Elle est un fait naturel, puisque toutes les espèces vivantes, les oiseaux, les poissons
migrent selon les saisons.
Cependant, pour ne pas donner raison à Francklin Delano Roosevelt, pour qu’Haïti vive, les
Haïtiens ont besoin du patriotisme leur permettant de prendre conscience, de rompre avec
l’autodestruction de leur propre pays. Ainsi, un effort très grand est nécessaire, celui de comploter,
non pas pour le pouvoir et la vengeance, mais pour l’intelligence, le patriotisme et la pensée
rationnelle, pour mettre hors d’état de nuire la médiocrité et la voyoucratie. Le peuple haïtien a le
droit de choisir librement ses dirigeants. S’il est une évidence que la première mission politique
de tout Etat est de protéger ses citoyens de la violence, les dirigeants haïtiens de nos jours, leur
seule et unique mission est de faire plaisir aux étrangers au détriment d’Haïti.

Ma peau n’est pas une malédiction, pas plus que mon passeport n’est un fardeau. Aucune race
humaine n’est supérieure à une autre. Seuls le savoir, la sagesse et la contribution à l’humanité
distinguent une personne d’une autre.
If you need peace, love your country, cela se traduit : Si vous avez besoin de la paix, aimez votre
pays. Tel a été le conseil du Président Donald Trump à tous les dirigeants du Monde, dont ceux
d’Haïti. Un jour ou l’autre, les traîtres à la nation seront trahis, les vendeurs du pays seront vendus,
les pigeons voyageurs seront contraints de rester dans leur pays qu’ils ont eux-mêmes détruit. Peu
importe le teint, clair ou foncé, au moment venu, nous serons tous traités comme des Haïtiens.
Vous voulez fuir maintenant le pays que vous avez dévasté, en pactisant avec ses ennemis, après
l’avoir transformé en enfer pour les Haïtiens ? C’est aux autres de vivre aux enfers, et non vos
familles, diriez-vous ? Et le karma dans tout ça !
Le Président Ibrahim TRAORE, du Burkina Faso l’a déclaré, dignement et fièrement : La race
noire ne doit pas être utilisée pour combattre les Noirs. Cette déclaration résonne cruellement en
Haïti, où des Haïtiens se sont mis avec des ennemis étrangers pour comploter contre des Haïtiens,
jusqu’à assassiner un Président au pouvoir, sans qu’aucun agent de sécurité n’ait reçu la moindre
égratignure. Pour l’histoire et pour la vérité, cette précision est nécessaire. L’hypocrisie a toujours
été l’arme la plus redoutable contre la race noire de tous les temps. De l’esclavage à l’apartheid,
du Code noir à la fameuse Jims COW aux Etats-Unis, ces lois infâmes, injustes et racistes qui
constituent des pages noires de l’histoire de l’humanité, devraient être lues ou relues par les
dirigeants haïtiens, afin qu’ils prennent conscience de leur état d’indignité.
Au contrat social s’oppose le contrat racial, comme si la blanchité était un signe de supériorité.
Pour sortir de cette domination raciale et économique, foncièrement discriminatoire, Haïti se
trouve dans la nécessaire obligation d’avoir une élite économique, composée d’Haïtiens
authentiques, capables de briser le monopole à outrance et mortifère qui étouffe le pays. Jean-
Jacques DESSALINES, le père fondateur de la Nation haïtienne, nous a laissé une consigne claire
: « Combattre jusqu’aux derniers soupirs pour l’Indépendance de notre pays ». Il est inconcevable
que des Haïtiens soient traités comme des étrangers dans leur propre patrie, qu’ils soient
pourchassés de leur maison, de leur quartier, par des Haïtiens écervelés, dressés contre eux.
Comme le rappelle souvent l’historien Michel SOUKAR : « La première richesse d’un pays, c’est
l’homme ». Pourtant, la fuite des cerveaux n’a aucune importance aux yeux des dirigeants, comme
si la reconstruction du pays dépendait des étrangers.
Elle s’est assise pour que nous puissions nous lever. Le 1
er décembre 1955, dans un bus, en
Alabama aux Etats-Unis, Rosa Parcks refusa de céder sa place à un passager blanc, en dépit du
rappel du chauffeur : « Les Noirs doivent se lever pour laisser la place aux Blancs. Toi, là-bas,

Pendant que des centaines de milliers d’Haïtiens sont contraints de s’exiler, des dirigeants au plus
haut sommet de l’Etat sont en transit dans le pays. À quoi peut-on s’attendre des dirigeants en
transit qui ne font que s’enrichir sur les ruines de la nation, dans le sang, dans l’eau puante et dans
les ténèbres. Les problèmes d’Haïti ne peuvent être résolus que par ceux et celles dont la famille
vit au pays et désire y rester.
Ma peau est noire, mon passeport est haïtien. Ma seule et unique nationalité restera haïtienne. Un
visa pour aller chez vous, un visa haïtien pour entrer chez nous. C’est ça, le principe de réciprocité,
et il le sera lorsque le pays aura la chance d’être dirigé par des Haïtiens patriotes. Ceux et celles
qui ont fait d’Haïti un enfer pour ses filles et fils, qu’ils y restent pour savourer aussi le goût des
cendres et du fiel. Que chaque dirigeant travaille pour le bien-être de son pays.
La peau, le passeport de celui qui utilise sa plume à la place de celui ou celle qui ne peut ou ne sait
pas s’en servir.
Grand’Anse, Morne-Haut, le 7 août 2025 ;

jeanbarnavecheron@gmail.com