
À l’occasion du 220e anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé a dévoilé une feuille de route gouvernementale axée sur la sécurité et la restauration de la paix. Entre l’annonce du recrutement massif de 15 000 soldats, la formation annuelle de 4 000 policiers et le déblocage d’une enveloppe électorale de 120 millions de dollars, le chef de l’exécutif de transition exhorte la nation et les partenaires internationaux à passer des discours commémoratifs aux actes pour extirper le pays de l’emprise des gangs armés.
Lors de la cérémonie protocolaire tenue au Musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH) marquée par le dépôt traditionnel d’une gerbe de fleurs , le chef du gouvernement de transition a dévoilé les engagements budgétaires et les objectifs chiffrés de son administration pour faire face à la crise multidimensionnelle qui frappe le pays.
Pour pallier le déficit d’effectifs de la Police Nationale d’Haïti (PNH) et des Forces Armées d’Haïti (FAD’H), Alix Didier Fils-Aimé a annoncé des cibles de recrutement à court et moyen termes.
• programme P4000 : Le gouvernement projette de former 4 000 policiers par an.
• Renforcement militaire : L’exécutif prévoit le recrutement et l’instruction de 15 000 soldats au cours des trois prochaines années.
Parallèlement à ces réformes structurelles, le Premier ministre a formellement exhorté la communauté internationale à intensifier son appui logistique et financier pour appuyer le déploiement de la Force de répression des gangs (FRG).
Mettant directement en cause les réseaux transnationaux, le chef du gouvernement a insisté sur l’urgence d’enrayer l’approvisionnement des bandes armées en provenance de l’étranger. Les services judiciaires américains ont d’ailleurs récemment intercepté plusieurs réseaux de trafic d’armes de gros calibre (notamment des fusils de précision .50) acheminées clandestinement depuis la Floride vers Haïti.
« Nou pa ka pale de lapè pandan zam ilegal ap antre sou tèritwa nou epi moun ki dèyè yo kontinye rete san pinisyon » (On ne peut parler de paix pendant que des armes illégales pénètrent notre territoire et que ceux qui les financent demeurent impunis), a martelé Alix Didier Fils-Aimé.

Sur le front de la transition démocratique, le Premier ministre a confirmé l’allocation d’une enveloppe de 120 millions de dollars américains inscrite au budget de l’exercice fiscal 2026-2027. Ces fonds d’État sont prioritairement destinés à doter le Conseil électoral provisoire (CEP) des ressources indispensables à l’organisation des prochains scrutins constitutionnels et législatifs.
Cette annonce fait suite à des séances de travail stratégiques tenues à la mi-octobre entre la Primature, le haut commandement de la PNH et les conseillers électoraux. Le CEP a réitéré sa demande d’amendements concernant une cinquantaine d’articles du décret électoral afin de garantir un processus inclusif et transparent. Toutefois, les modalités de décaissement de cette dotation et le calendrier électoral définitif demeurent pour l’instant non spécifiés par les autorités compétentes.
Invoquant la mémoire du père fondateur de la patrie, assassiné le 17 octobre 1806 à Pont-Rouge, Alix Didier Fils-Aimé a appelé la population ainsi que la classe politique haïtienne à rompre avec la rhétorique purement commémorative pour s’engager dans des actions concrètes. Le ministère de l’Éducation nationale (MENFP) avait d’ailleurs mobilisé les écoles publiques et universités durant les jours précédents pour sensibiliser la jeunesse à cet héritage civique.
Le succès de cette feuille de route dépendra de la capacité réelle de l’appareil d’État à concrétiser la formation des cohortes sécuritaires et à restaurer l’autorité territoriale indispensables à la tenue d’élections crédibles.
