
220 ANS DEPUIS L’ASSASSINAT DE JEAN-JACQUES DESSALINES, LE PÈRE DE LA NATION
ABC : ATIZAN BON CHANJMAN
Qu’est devenu le pont Larnage, rebaptisé Pont-Rouge ?
17 octobre 1806 – 17 octobre 2026
220 ans, un lieu, deux noms, une mémoire
À l’entrée nord de Port-au-Prince, là où s’étend aujourd’hui le quartier de Chancerelles, se dressait un pont de pierres et de briques, d’une teinte rougeâtre, dont la construction remontait à 1786. On l’appelait alors le pont Larnage, du nom du gouverneur qui en avait ordonné l’édification.
C’est ce même lieu que l’histoire a retenu sous le nom de Pont-Rouge, non pas en raison du sang qui y fut versé plus tard, mais parce que l’usage populaire finit par supplanter le nom originel.
Le pont Larnage devint le Pont-Rouge.
Le contexte historique
Le 1er janvier 1804, après treize années de guerre révolutionnaire, Haïti proclame son indépendance. Jean-Jacques Dessalines, ancien esclave devenu général puis empereur, incarne la principale figure héroïque de la seule révolution d’esclaves victorieuse de l’histoire moderne.
Il avait vaincu les armées de Napoléon à Vertières, signé l’acte d’indépendance et posé les fondements de l’État souverain d’Haïti.
Sa politique agraire, qui visait à redistribuer les terres au profit des anciens esclaves, heurta les intérêts de certains généraux, ses compagnons d’armes.
Les divisions entre Noirs et Mulâtres, entre anciens et nouveaux libres, entre partisans et adversaires de Dessalines se muèrent en complots.
Le vendredi 17 octobre 1806, alors qu’il se rendait dans le Sud pour mater une rébellion, Dessalines, accompagné d’une faible escorte, tomba dans une embuscade tendue au Pont-Rouge.
Il fut criblé de balles. Son corps, mutilé, fut traîné dans les rues de Port-au-Prince. Une femme, Dédée Bazile, connue sous le nom de Défilée, recueillit les restes de l’empereur et les ensevelit dans le cimetière intérieur de Sainte-Anne.
Un lieu de mémoire abandonné
Le Pont-Rouge, lieu de l’assassinat de Dessalines, a longtemps été négligé.
En 1892, le président Florvil Hyppolite y fit ériger un mausolée portant l’inscription : « Jean-Jacques Dessalines, fondateur de l’indépendance d’Haïti. Mort en 1806 ».
Mais le monument, maintes fois rénové, ne fut jamais vraiment respecté : il servit d’urinoir public, de dépotoir et de station de transport en commun.
En 2015, sous l’administration Martelly-Paul, ce site situé à proximité du carrefour dit de l’Aviation, rebaptisé pour l’occasion Carrefour Dessalines, fut réaménagé. Un mausolée y fut alors érigé, orné d’une peinture abstraite et d’un portrait mural géant de Dessalines.
Mais l’espace, aujourd’hui vandalisé, est redevenu un dépotoir à ciel ouvert.
220 ans après
Le 17 octobre 2026, Haïti commémore le 220e anniversaire de l’assassinat de Dessalines. Deux siècles et vingt ans après, le Pont-Rouge expose le visage d’un pays délabré.
Le Pont-Rouge, jadis lieu de mémoire, est devenu un territoire perdu, un espace de non-droit.
Depuis 2021, les autorités, faute de pouvoir s’y rendre chaque 17 octobre, se replient sur le Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH), le Champ de Mars ou la Villa d’Accueil, à Musseau.
Le lieu de l’assassinat de Dessalines, fondateur de la nation, est devenu inaccessible aux tenants du pouvoir.
Le Pont-Rouge apparaît aujourd’hui comme le symbole de la trahison et de l’inconstance. L’État effondré est incapable d’honorer son principal fondateur.
Il convient de se demander ce qui reste de l’héritage révolutionnaire : « Liberté ou la Mort ».
Tel qu’il est aujourd’hui, le Pont-Rouge projette l’image de la déroute nationale d’Haïti.
Triste lieu de mémoire, 220 ans après, il symbolise la débandade.
Cependant, il ne suffit pas de le constater. Il faut corriger les comportements et donner à Haïti une nouvelle direction, afin qu’elle retrouve sa grandeur historique.
SE YON DEVWA, YON RESPONSABLITE PATRIYOTIK.
Evans PAUL
ABC : ATIZAN BON CHANJMAN
Delmas, Haïti
Samedi 17 octobre 2026