Les avocats du maire de Jacmel, Marky Kessa, ont officiellement sollicité son transfert vers les États-Unis afin qu’il réponde des accusations liées à l’assassinat du président Jovenel Moïse devant une juridiction américaine. Incarcéré depuis son audition par le juge d’instruction Walther Wesser Voltaire, l’édile est soupçonné d’avoir participé à des réunions clés dans la planification du magnicide. Sa défense argue qu’un procès en Floride, aux côtés des autres co-accusés déjà condamnés ou en attente de jugement, est la seule garantie d’une procédure cohérente face aux ramifications internationales d’un complot qui dépasse les frontières haïtiennes.
Cette requête s’appuie sur la présence de Kessa lors d’une rencontre déterminante dans les locaux de la firme de sécurité CTU (Counter Terrorist Unit) en Floride, peu avant l’assaut final. Les enquêteurs considèrent cette réunion comme un pivot de la conspiration où les rôles des différents acteurs, dont les mercenaires colombiens et les agents de sécurité, auraient été définis. En demandant son extradition, Marky Kessa cherche à rejoindre les douze autres suspects déjà entre les mains de la justice américaine, espérant ainsi un traitement judiciaire plus transparent que celui d’un système haïtien souvent paralysé par l’insécurité et les pressions politiques.
Le rappel des faits souligne la violence inouïe de cette nuit du 6 au 7 juillet 2021, lorsque Jovenel Moïse a été criblé de balles dans sa résidence privée de Pèlerin 5, sans que sa garde rapprochée n’intervienne. L’assassinat a plongé le pays dans un chaos institutionnel total, révélant une machination complexe impliquant des politiciens locaux, des hommes d’affaires et des ex-soldats colombiens. Alors qu’Haïti peine à conclure son instruction malgré l’ordonnance du juge Voltaire, la justice américaine a déjà prononcé plusieurs condamnations à perpétuité, notamment contre Rodolphe Jaar et l’ancien sénateur John Joël Joseph, renforçant l’idée que le centre de gravité de l’affaire se trouve désormais à Miami.
À l’heure actuelle, les autorités judiciaires haïtiennes et américaines ne se sont pas encore officiellement prononcées sur cette demande de transfert inédite. Si elle était acceptée, l’extradition de Marky Kessa marquerait un nouveau tournant, confirmant l’incapacité de l’État haïtien à juger sur son propre sol les suspects de ce crime de lèse-patrie. Entretemps, l’ombre du complot continue de planer sur la classe politique haïtienne, laissant la population dans l’attente d’une vérité complète sur les véritables commanditaires de ce drame qui a changé le cours de l’histoire nationale.
