PORT-AU-PRINCE – Un mois après l’installation de Viljonet Déméro à la tête du ministère de l’Éducation nationale (MENFP), le ton monte. Ce jeudi 9 avril 2026, les principaux syndicats d’enseignants sont sortis de leur réserve pour dénoncer une absence totale de dialogue et une gestion jugée « personnelle » du système éducatif.

La trêve observée par les structures syndicales n’aura été que de courte durée. Réunis en conférence de presse, les leaders de l’UNNOEH, de la CNEH, de la FENATEC et du GIEL ont dressé un bilan au vitriol des premières semaines du ministre Déméro. Kensone Délice, coordonnateur général de l’Union Nationale Normale des Enseignants et Enseignantes d’Haïti (UNNOEH), a fustigé l’inertie du titulaire du MENFP face aux urgences du secteur.

Les syndicats déplorent l’absence d’une table de négociation officielle, alors que les cahiers de revendications s’accumulent sur le bureau du ministre.

Ainsi, l’application du Statut particulier du personnel éducatif, un document stratégique publié dans Le Moniteur en mars 2014, qui dort dans les tiroirs depuis plus de dix ans est au cœur du discorde. Ce texte est pourtant censé régir les carrières selon la compétence, l’expérience et l’ancienneté.

Au-delà de l’aspect administratif, c’est l’asphyxie économique des enseignants qui cristallise la colère. Avec la récente flambée des prix du carburant et l’inflation galopante, le pouvoir d’achat des agents éducatifs s’est effondré. « Nous travaillons à temps plein pour des salaires de misère qui ressemblent à du temps partiel », s’insurgent les responsables syndicaux.

Soulignons que l’inflation en Haïti dépasse souvent les 20-25%, rendant les salaires actuels totalement dérisoires face au coût du panier de la ménagère.

La revalorisation salariale immédiate intégrée dans le prochain budget rectificatif, le renforcement des avantages sociaux pour compenser la vie chère et la mise en application réelle du statut particulier de 2014 sont entre autres les revendications.

Ce document qui n’est pas seulement une question de salaire, mais qui définit la « Grille de carrière ». Son absence d’application bloque toute promotion automatique et maintient les enseignants dans une précarité administrative.

En somme le front syndical lance un avertissement solennel au gouvernement, faute de signaux concrets et de mesures d’accompagnement suite à la hausse des produits pétroliers, une mobilisation générale sera déclenchée sur tout le territoire. Tout en laissant la porte entrouverte au dialogue, les syndicats appellent déjà les enseignants à se tenir prêts pour la bataille.