La nuit du 28 au 29 mars 2026, qui devait célébrer la ferveur culturelle du Rara à Jean-Denis, dans le Bas-Artibonite, a sombré dans l’horreur absolue. Alors que les tambours résonnaient pour la fête, les membres du gang « Gran Grif » ont surgi, transformant brutalement la communion populaire en un véritable champ de tir. Ce massacre, d’une violence inouïe, a laissé derrière lui une communauté pétrifiée par la cruauté d’une attaque préméditée contre des civils sans défense.
Le bilan humain, bien que provisoire, est déjà qualifié de catastrophique par les organisations locales de défense des droits humains. Des dizaines de corps jonchent encore les rues, tandis que les centres hospitaliers de la région, déjà sous-équipés, sont submergés par un flux continu de blessés par balle. De nombreuses familles, plongées dans une angoisse insoutenable, parcourent les décombres à la recherche de proches portés disparus depuis l’incursion.
L’assaut ne s’est pas limité aux fusillades ; les assaillants ont systématiquement incendié plusieurs dizaines d’habitations, réduisant en cendres le patrimoine de familles déjà précaires. Les flammes, visibles à des kilomètres, ont marqué la signature de la terreur imposée par la base de Savien. Ce mode opératoire vise non seulement à tuer, mais à déposséder totalement la population pour asseoir une domination territoriale absolue sur ce carrefour agricole stratégique.
Cette nouvelle tragédie s’inscrit dans une spirale de violence que les forces de l’ordre peinent à endiguer malgré les promesses de renforcement sécuritaire. Depuis des années, le groupe criminel « Gran Grif » multiplie les exactions dans l’Artibonite, transformant le grenier d’Haïti en une zone de non-droit. L’absence de réponse étatique ferme a permis à ces bandes armées de perfectionner leur impunité, rendant chaque rassemblement social potentiellement mortel.
Sur le terrain, les témoignages des survivants décrivent des scènes de chaos total où le sang s’est mêlé à la poussière des chemins ruraux. « Nous dansions, et l’instant d’après, nous versions des larmes sur des cadavres », confie un riverain en état de choc. La population, livrée à elle-même, exprime une colère sourde face à cette répétition macabre du même scénario, où les civils servent de cibles mouvantes pour des criminels en quête de démonstration de force.
En réaction, le Porte-parole de la Police Nationale d’Haïti (PNH) a déclaré ce matin : « Des unités spécialisées ont été déployées en renfort pour tenter de stabiliser la zone, mais la configuration géographique de l’Artibonite facilite les replis stratégiques des criminels vers leurs bastions. »
Pour sa part, le Commissaire du Gouvernement des Gonaïves a fermement condamné cet acte, promettant que « des mandats d’amener internationaux seront émis contre les chefs de la base de Savien, responsables de ce crime de lèse-humanité contre une population civile désarmée. »
Alors que le deuil s’installe, l’urgence d’une intervention sécuritaire d’envergure est plus criante que jamais pour éviter que le Bas-Artibonite ne se vide totalement de ses habitants. La communauté internationale et les autorités nationales sont désormais interpellées sur leur capacité à protéger les citoyens contre cette barbarie qui s’institutionnalise. Jean-Denis, aujourd’hui ville martyre, attend justice et protection pour que le son des tambours ne soit plus jamais étouffé par celui des fusils automatiques.

