HAÏTI : LA PRESSE MISE À MORT ?


Double enlèvement au centre-ville et assaut contre Marvel Dandin : l’ultime avertissement


Port-au-Prince, le 15 mars 2026 – En Haïti, informer n’est plus seulement un défi : c’est une condamnation. En l’espace de 24 heures, le secteur médiatique a basculé dans l’horreur. Entre le rapt brutal de deux journalistes près du stade Sylvio Cator et l’attaque ciblée contre la résidence de Marvel Dandin, figure de proue de Radio Télé Kiskeya, le message des groupes armés est clair : personne n’est intouchable.



Le vendredi 13 mars 2026 restera marqué par le sang et la peur. Junior Célestin (Radio Megastar) et Osnel Espérance (Radio Uni FM) ont été interceptés par des commandos lourdement armés en plein cœur de la capitale. Non loin du stade Sylvio Cator, une zone désormais transformée en coupe-gorge, les deux confrères ont été emmenés vers une destination inconnue.



L’Association des journalistes haïtiens (AJH) n’a pas tardé à réagir, exigeant une libération « sans condition ». Mais au-delà de l’indignation, c’est l’impuissance qui domine. Comment protéger ceux dont la seule arme est un micro dans une ville où les blindés de la police peinent à circuler ?



Alors que la corporation cherchait ses mots pour dénoncer ces disparitions, une autre onde de choc a frappé : l’attaque armée contre le domicile de Marvel Dandin. S’en prendre au PDG de Radio Télé Kiskeya n’est pas un acte de banditisme ordinaire ; c’est un assaut contre l’une des consciences les plus critiques du pays. Pour l’AJH, il s’agit d’une tentative délibérée de réduire au silence les voix qui refusent la normalisation du chaos.

Cet acharnement contre la presse s’inscrit dans une spirale de violence systémique qui ronge Haïti.


Le centre-ville de Port-au-Prince, autrefois cœur battant de l’économie, est désormais un damier contrôlé par des coalitions de gangs. Le stade Sylvio Cator, lieu de l’enlèvement, est devenu le symbole de cette souveraineté perdue.


Dans une économie du kidnapping en pleine expansion, le journaliste est devenu une proie de choix. Cibler un reporter, c’est s’assurer une visibilité médiatique immédiate pour faire pression sur l’État ou extorquer des rançons exorbitantes.


Depuis l’assassinat de nombreux journalistes ces dernières années, aucun procès d’envergure n’a abouti. Cette absence de justice offre un permis de tuer et de kidnapper aux groupes criminels, qui voient en la presse un obstacle à leur contrôle total du territoire.



« Nous ne pouvons plus nous contenter de compter nos victimes », alerte l’AJH. L’organisation appelle les forces de l’ordre à sortir de leur passivité et à engager des actions concrètes pour retrouver nos confrères.


Si l’État ne reprend pas le contrôle des rues, c’est la liberté d’expression elle-même qui finira par s’éteindre sous les balles. Aujourd’hui, Junior, Osnel et Marvel sont visés. Demain, qui osera encore prendre le micro ?