Il fut un temps où les fins d’année en Haïti étaient synonymes de joie, de solidarité et de développement communautaire. Les cieux de la capitale s’illuminaient d’une ambiance chaleureuse, particulièrement dans les zones emblématiques tels que: Champs-de-Mars, Carrefour Feuilles, Delmas, ou encore le marché Salomon. On y croisait de nombreuses personnes s’adonnant aux tâches ménagères, alors que les alentours étaient animés de l’activité des vendeurs proposant des objets empreints de souvenirs. Jeunes et adultes se rassemblaient pour soutenir leurs proches, échanger et partager des moments de convivialité.
Se replonger dans ces souvenirs, réveille une nostalgie profonde, teintée de douceur et de mélancolie à l’évocation de ces instants d’harmonie collective.
Ces souvenirs lumineux tranchent douloureusement avec le tableau sombre des fins d’années actuelles en Haïti. La capitale, autrefois vivante et vibrante, est désormais en proie à une agitation sanglante, ravagée par la violence des gangs armés qui contrôlent de vastes portions du territoire urbain, obligeant des centaines de milliers familles à fuir leurs domiciles.
La peur remplace la joie
Les éclats festifs des feux d’artifice et les cris d’encouragement des enfants ont cédé la place au fracas glaçant des détonations d’armes automatiques. Les quartiers autrefois plein de vie, sont désormais déserts, transformés en zone de non- droit, symboles tragiques d’un désespoir collectif.
Disparition de concours de Noël
Noël, autrefois un moment privilégié et chéri par la jeunesse haïtienne, n’est désormais plus qu’un lointain souvenir. Une ambiance éclipsée par l’expansion de violence armée qui paralyse totalement les espaces publics, contraignant ainsi les jeunes à rester cloîtrés chez eux. Et voilà, ces derniers deviennent prisonniers d’une réalité, effaçant peu à peu les souvenirs impérissables de ces instants d’unité et de célébration.
Cette atmosphère délétère ne se limite pas à la capitale
Dans les villes de province, bien que l’insécurité soit moins prégnante qu’à Port- au- Prince, la peur reste profondément ancrée. Les routes nationales, autrefois symboles de liberté et de découvertes, sont aujourd’hui devenues de véritables pièges, où les gangsters installent des postes de péage partout. Ces axes routiers sont, malheureusement, le théâtre de rançonnement, d’enlèvement et d’attaques armés, dont la fréquence ne cesse de croître.
Autrefois, les familles empruntaient ces routes pour partir en excursion vers la campagne, partageant des instants de partage et de sérénité loin de l’agitation de la capitale. Aujourd’hui ces escapades bucoliques ne sont plus qu’un souvenir étouffé par l’angoisse et la menace constante.
Les fins d’années à Port- au-Prince sont désormais synonymes de tension. Les maisons autrefois ornées de décoration festive, restent nues, car leurs habitants ont fui pour échapper aux attaques des gangs armés. Plus de 85% de la capitale du pays, Port-au-Prince, est sous le contrôle des bandits, de la coalition de gangs « viv ansanm », pendant que les déplacés se retrouvent entassés dans des institutions étatiques dont des écoles, des ministères et d’autres bâtiments transformés en abris provisoires.
Prisonniers de la violence et terreur instaurées par les gangs armés, les rires ont laissé place au cri de détresse. La tradition d’échange de cadeaux, jadis empreinte de chaleur et de partage, a été remplacée par le froid implacable de la méfiance et de l’incertitude.
Là où foisonnaient autrefois des activités culturelles dans tous les quartiers, il ne reste désormais que des rues désertes et silencieuses, portant les stigmates de violence. L’espoir d’une jeunesse aspirant à la paix et à une vie normale s’effrite peu à peu, emporté par le chaos et l’instabilité d’une capitale en perpétuelle tourmente.
Fredelet St Louis