L’évolution du monde numérique, résoudre l’équation entre capacité de stockage et quantité des données à sauvegarder est le défi à relever. Jusqu’à présent, la solution passe par la mise en place de data centers, des centres de données, c’est à dire des centres de stockage grands comme des terrains de foot où des serveurs informatiques permettent de sauvegarder les données numériques du monde entier. Le hic, c’est que ces serveurs sont énergivores et leur technologie, aussi moderne soit elle, n’a pas une durée de vie illimitée. A l’avenir, de l’ADN synthétique pourrait offrir la technique de stockage rêvée. De l’ADN dans quelques gouttes de liquide pourrait suffire pour conserver des quantités gigantesques de données.

C’est cette capacité de stockage qui a poussé des chercheurs à étudier l’ADN sous un autre angle. Cette substance pourrait-elle servir à stocker d’autres données ? Pourrait-on transformer l’ADN pour y stocker toutes les données que le monde produit, comme des vidéos par exemple ?

Aujourd’hui, on pense sérieusement que c’est possible. C’est dans les années 80 que les premières utilisations de stockage de données sur ADN ont été réalisées. Et depuis, de nombreux chercheurs ont essayé d’améliorer les techniques pour y parvenir.

Comment fonctionne le stockage ADN ?

Dans l’ADN, on retrouve quatre principaux composants : l’adénine la cytosine, la guanine et la thymine. Ces quatre composants sont représentés par les lettres A, C, G et T. 

En informatique, les données que l’on stocke sont converties en données binaires, une succession de « 1 » et de « 0 », ce qu’on appelle des bits.

La prouesse dans le stockage ADN est d’utiliser, à la place des « 1 » et des « O », les lettres A, C, G et T des composants de l’ADN. On aura alors, dans une molécule d’ADN, les quatre composants, A, C, G et T qui formeront une séquence dans un ordre bien précis identique à l’ordre des données du fichier numérique d’origine.

Pour y parvenir, on utilise un ADN de synthèse, fabriqué en labo. L’ADN est glissé, par exemple, dans quelques gouttes de liquide dans lesquelles une quantité phénoménale de données peut être stockée.

Avantages et inconvénients

Le principal avantage du stockage de données dans l’ADN, c’est que cela nécessite peu de place par rapport au volume de données que l’on peut y conserver. Selon des experts, avec cette technique, on pourrait stocker un milliard de fois plus de données qu’avec les méthodes de stockage électroniques actuelles. Dans la littérature disponible sur le sujet, on estime tantôt à une boîte de chaussures, tantôt à un coffre de voiture, tantôt à une pièce d’habitation l’espace nécessaire pour stocker dans de l’ADN l’ensemble des données numériques de la planète.  Dans tous les cas, ce serait nettement moins que l’espace occupé par les serveurs des data centers du monde entier. 

Un autre avantage, c’est la durée de vie de l’ADN. Si dans la nature, on peut aujourd’hui toujours retrouver, par exemple de l’ADN de mammouth de bonne qualité, ceux qui cherchent des données sur de l’ADN se disent qu’on a de bonnes chances de toujours pouvoir décoder les fichiers stockés. L’ADN resterait utilisable pendant des milliers d’années, voire plus. De toute façon bien plus longtemps qu’un disque dur ou une bande magnétique…

Encore très cher

Le principal inconvénient du stockage ADN est le coût. L’expérience menée en 2017 par l’Université de Columbia, où l’on avait stocké la vidéo d’un film des frères Lumières n’a pas pu être utilisée à grande échelle pour d’autres stockages de données. En effet, à cette occasion, il a été estimé qu’il en coûterait 7000 dollars pour coder 2 mégaoctets de données, et 2000 dollars pour les décoder.   Pour ce prix-là, on peut se payer de nombreux disques durs…

L’autre inconvénient, c’est le temps. Là où, il faut très peu de temps aujourd’hui pour accéder à des données stockées sur disques durs ou dans des serveurs informatiques, décoder des données contenues dans de l’ADN nécessite plus de temps, par exemple un à deux jours.